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Le mystère du message dans la bouteille de la rivière Péribonka : Simple canular ou découverte incroyable?

Par Christian Tremblay

Trouvé en 1932 dans la rivière Péribonka, il finit, on ne sait comment, dans les archives d’un photographe de la région, M. Joseph-Eudore Lemay, puis est cédé, dans les années 60, à la Société d’histoire du Saguenay.


Après avoir séjourné incognito durant des années, dans la photothèque de la Société d’histoire, l’image du message a refait surface, récemment, grâce au réseau social Facebook.


Il se résume en une date, deux courtes phrases et deux noms. Pour la date et les phrases, des yeux avertis peuvent réussir à déchiffrer. Pour les noms c’est beaucoup plus compliqué…


Intriguant est certainement le meilleur mot pour décrire ce message énigmatique et étrange. Il se lit comme suit:


«Mai 14 1928
Sommes tombés dans les forêts du nord. Sommes sans secours»

Le message retrouvé dans une bouteille dans la rivière Péribonka en 1932. Découverte ou canular?
Source: Société d’histoire du Saguenay, SHS-P002, S7, P01755-02

Puis, les deux noms, franchement impossibles à déchiffrer sans quelques recherches.


Bien sûr, le mot «tombés» ramène à l’aviation. Selon ce mystérieux message, un avion serait donc tombé en amont de la rivière Péribonka, puis, désespérés et perdus, les pauvres hommes auraient rédigé ce message, mis dans une bouteille et jeté à l’eau.


Jusque-là, ça tient la route. Il est en effet possible qu’un avion se soit écrasé en 1928, au nord de la région et que les occupants aient fait ce qu’ils ont faits.


Mais qui?
C’est ici que ça devient, non pas intéressant, mais bien plus que ça!
Les noms sur le mot: Nungesser et Coli.


Le 8 Mai 1927, ces deux aviateurs quittent l’Europe pour tenter, ce qui n’avait jamais été fait auparavant, soit traverser l’océan Atlantique, rien de moins.


À l’époque c’était un exploit extraordinaire à réaliser et il y eut tout un tapage médiatique au niveau mondial pour couvrir l’événement.


Les Français Charles Nungesser et François Coli s’assureraient ainsi de la postérité pour toujours. Mais voilà, ça ne s’est pas passé comme prévu…

Les aviateurs français François Coli (à gauche) et Charles Nungesser (à droite)
Source: Wikipédia, San Diego Air & Space Museum

L’avion, du nom d’Oiseau Blanc, décolle un peu après 5h, ce 8 mai, à partir de la France. Les aviateurs quittent avec 3 800 litres d’essence, soit assez, en théorie, pour se rendre en Amérique.


La route choisie est un classique: se diriger directement vers la terre la plus proche, la province de Terre-Neuve, puis longer la côte jusqu’à New-York.
C’est à partir d’ici qu’un épais brouillard entoure le reste de l’histoire. La seule certitude que nous ayons, c’est que l’avion n’est jamais arrivé à New-York et qu’il a simplement disparu.

Carte postale de l’Oiseau Blanc, un biplan français qui a disparu le 8 mai 1927, avec ses deux pilotes, les Français Charles Nungesser et François Coli, lors de la première tentative de traversée aérienne de l’Atlantique Nord entre Paris et New York.
Source: Wikipédia, domaine public

Des indices
La dernière fois où l’avion a été signalé formellement, c’est à la hauteur des Iles Saint-Pierre-et-Miquelon. Il restait, à ce moment, environ deux heures d’autonomie d’essence aux pilotes.


Puis, plus rien…
Il y a eu beaucoup d’enquêtes au sujet de ce mystère car l’enjeu est de taille: qui a été le premier à réaliser cet exploit.


Pour l’histoire de l’aviation c’est un événement charnière et pour la conquête humaine également.


Seulement deux semaines plus tard Charles Lindbergh réussit la traversée et depuis ce temps c’est lui le héros.


Même si, très récemment, le vol de Nungesser et Coli a été officiellement reconnu comme étant le premier à réaliser ce périple, tous les livres d’histoire sont maintenant écrits…

Plan de vol conçu par François Coli pour le 8 mai 1927
Source: Wikipédia, domaine public

L’Oiseau Blanc s’est-il écrasé au Lac-Saint-Jean?
Au fil des enquêtes, plusieurs théories ont été émises, dont l’une concerne notre région. Selon au moins un témoin, d’étranges signaux lumineux sont aperçus au nord de Péribonka, le 9 mai. Ils sont interprétés comme pouvant être des fusées éclairantes, lancées par Nungesser et Coli.


Un trappeur, Georges Rousseau, affirme avoir entendu un avion survoler son campement près de la rivière Péribonka, le 9 mai et il l’a entendu s’écraser au loin.


Des équipes de sauvetage furent envoyées mais sans résultat. Fait à noter, avant de signaler les faits, le trappeur n’avait jamais entendu parler des deux pilotes et leur tentative.


La presse régionale s’empare du dossier. On cherche les aviateurs de façon intensive. Des milliers de messages, sur un bout de papier, sont même dispersés dans la forêt à l’intention des pilotes. Mais… Rien.

La Compagnie Price participe aux recherches
Source: Journal Le Progrès du Saguenay, 17 juin 1927
On se perd en conjectures sur lieu exact d’un écrasement hypothétique dans la région
Source: Journal Le Progrès du Saguenay, 17 juin 1927

Pendant ce temps, Georges Rousseau maintient toujours sa version des faits.
Avec les années, plusieurs autres possibilités sont avancées, concernant la disparition des pilotes, mais jamais avec des preuves formelles. Tout est toujours circonstanciel.


Des pièces d’avion ont été retrouvées en mer, mais impossible, à ce jour, de les relier à l’Oiseau Blanc. Officiellement, encore aujourd’hui, l’avion s’est abîmé en mer près de Saint-Pierre-et-Miquelon, mais rien de concret pour le prouver.


Un Français, Bernard Decré, pilote et marin, s’acharne depuis des années à retrouver l’épave.


À coup de plusieurs dizaines de milliers de dollars à chaque fois, il sillonne la mer avec son équipe, tous les ans, depuis presque dix ans.


Selon un autre chercheur, Philipe Gras, «À l’heure actuelle, il reste le sujet de nombreuses légendes tant les témoignages concordent sur le passage d’un avion blanc, tantôt au-dessus de Saint-Pierre-et-Miquelon, tantôt au-dessus de Terre-Neuve, et des équipes fouillent encore les lacs du nord des États-Unis.»


2018
Et voilà qu’en 2018, ce mot de 1932 dans la bouteille à Péribonka réapparaît, avec cette fois la connaissance pour déchiffrer les noms et faire le lien entre ledit mot et les aviateurs Nungesser et Coli.


Avec la réapparition, sur la place publique, de ce mystérieux message, nous faisons face à quoi ici exactement? Une découverte extraordinaire au potentiel de retentissement au niveau mondial, ou au canular du siècle dans la région?


Les pours

  • Il ne peut y avoir de hasard entre un éventuel écrasement d’avion à Péribonka et cette disparition. Les heures et jour de l’événement concordent. Le trappeur Rousseau ignorait tout de ce vol historique, avant de rapporter ce qu’il avait vu et entendu.
  • Cela est difficilement concevable aujourd’hui, mais se perdre complètement et se diriger dans une direction très différente de celle prévue n’était, à l’époque, pas une chose rare.
  • Malgré la thèse officielle, rien ne confirme décisivement le fait que l’avion se soit abimé en mer. Ceci demeure encore aujourd’hui un mystère complet.
Le Lac-Saint-Jean n’a pas été le seul à avoir sa bouteille avec les signatures de Nungesser et Coli. Toutefois celui de Péribonka n’a été trouvé qu’en 1932
Source: Journal Le Progrès du Saguenay, 22 juin 1927

Les contres

  • Vous l’aurez remarqué, l’année inscrite sur le message date d’un an après l’événement. Si pour la date du jour ça va, pour l’année c’est très différent. Soit l’auteur d’un éventuel canular s’est trompé d’une année, ou a voulu faire croire que les pilotes étaient encore en vie un an plus tard, soit le pilote, qui a écrit ce mot, a fait cette erreur grossière.
  • Malgré les recherches à grande échelle, pas d’avion, pas d’ossements, pas d’indices.
  • La distance est un obstacle majeur. Si en 1927 des recherches intensives ont été tenues dans la région, c’est que nous ne connaissions pas la réelle autonomie de l’avion.
  • À vol d’oiseau il y a un peu plus de 1 000 kilomètres séparant Saint-Pierre-et-Miquelon du Lac-Saint-Jean. Selon ce que nous savons aujourd’hui, l’autonomie de l’avion était d’encore plus ou moins 300 kilomètres.
  • Deux autres messages de ce genre ont été retrouvés, dont un dans l’est de la province et un autre en Europe. Le message du Lac-Saint-Jean ne serait donc qu’une imitation des autres.

Des questions sans réponses
Il y a quelques années, un documentaire européen a été produit et il considère le message du Lac-Saint-Jean comme étant un canular.


Sans remettre en question la compétence de ces gens il faut mettre en contexte: ils cherchent à prouver la thèse de l’écrasement de l’avion en mer.
Seule une analyse calligraphique permettrait de trancher la question. Il faudrait simplement comparer l’écriture de ce message de détresse, à l’écriture de chacun des pilotes.


Monsieur Decré, l’expert mondial de cette disparition, a accepté de nous faire parvenir des écrits de la main des pilotes. Une analyse comparative sera donc possible prochainement. Monsieur Decré suivra le dossier de la France.


D’ici là, à chacun de se faire son idée. Si c’est vrai, ça sera une découverte extraordinaire, si c’est un canular, on devra se poser la question de la motivation.


Moi, j’ai ma petite idée sur la question. Et vous, dans quel camp êtes-vous?

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