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Expertise du message dans la bouteille de la rivière Péribonka : Les résultats!

La semaine dernière je vous présentais un mystérieux document, retrouvé dans une bouteille, dans la rivière Péribonka, en 1932.


Ce message, daté du 14 mai 1928, se lisait comme suit: « Sommes tombés dans les forêts du nord. Sommes sans secours » Puis les noms des deux aviateurs, Nungesser et Coli.

Par Christian Tremblay

Ces deux pilotes sont ceux qui ont été reconnus, récemment, comme étant les premiers à avoir traversé l’océan Atlantique, seulement deux semaines avant Charles Lindbergh.


Malheureusement, à ce jour l’avion Oiseau Blanc n’a jamais été retrouvé, mais il a été vu pour la dernière fois près des îles Saint-Pierre-et-Miquelon.

La photographie de ce message avait été publiée le 15 mars dernier, dans le groupe Facebook Au pays de Maria-Chapdelaine, groupe qui se consacre à l’histoire.


Le déchiffrement du message et des noms a été fait dans ce groupe, avec l’aide de plusieurs membres, dont Carole Gagnon, qui a publié la photographie, France Girard et Lucine Gagné, qui ont déchiffré les noms des pilotes , ainsi que Roch St-Gelais et moi-même.


Je vous mentionnais qu’une expertise était en cours pour répondre à la question « Est-ce une découverte extraordinaire, ou le plus grand canular du siècle dans la région? »


Nous pouvons aujourd’hui vous dévoiler le résultat de cette expertise.


La méthodologie
Afin de pouvoir répondre à la question avec le moins de doute possible, deux expertises ont été menées, par deux personnes ne se connaissant pas. La seule chose qu’elles savaient était qu’une autre personne allait faire le même travail qu’elle.


Les documents utilisés
Pour l’expertise, chacune des expertes a eu accès aux trois mêmes documents.


Soit:


– Document 1: Une lettre manuscrite rédigée par Charles Nungesser, qui était disponible sur Internet.

Extrait d’une lettre de Charles Nungesser
SOURCE: Oger-Blanchet

– Document 2: Un billet rédigé par François Coli, qui nous a été généreusement fourni par le petit-fils de François Coli, M. Yves de Garam.

Billet de François Coli
SOURCE: Courtoisie Yves de Garam

– Document 3: Une image haute définition du message trouvé à Péribonka.

Le message de Péribonka
SOURCE: Société d’histoire du Saguenay, SHS-P002, S7, P01755-02

La question posée
La même question a été posée aux deux expertes: Est-ce que, selon vous, le document 3 (le message de Péribonka) a été rédigé par l’une des deux personnes ayant écrit le document 1, ou le document 2, ou, est-ce une troisième personne qui a griffonné ce message?


De plus, il a été demandé à l’une des expertes, qui a également une formation en graphologie, en plus de la calligraphie, de nous donner les détails qu’elle pouvait voir dans le message de Péribonka.


Le but étant de tenter d’en savoir un peu plus sur l’état d’esprit de l’auteur, au moment où il a rédigé ledit message.


Les expertes
Mme France Girard de Péribonka, ancienne propriétaire Bureau Artis, Arts Visuels, graphiste 1985 à 2000, contrats privés pour la Commission de Toponymie, reproductions de documents anciens et travaux calligraphiques.

France Girard
SOURCE: Courtoisie

Mme Guylaine Guillemette de St-Prime.
Mme Guillemette est une graphologue professionnelle. Pour elle, chaque individu a une personnalité unique et son écriture l’est tout autant.
Elle fait une formation de cinq ans en graphologie puis continue à se perfectionner en expertise de l’écriture manuscrite. Cet autre aspect de l’étude de l’écriture vise à évaluer l’authenticité d’une écriture, d’une signature et/ou d’un document.

Ce que nos expertes en disent
Tout d’abord soulignons que tant Mme Girard que Mme Guillemette en arrivent aux mêmes conclusions générales.


À la question : Est-ce une troisième personne qui a rédigé le message de Péribonka, la réponse est oui, c’est une troisième personne.

Rivière Péribonka
SOURCE : Wikipédia

Voyons maintenant en détails ce qu’il est possible de savoir au sujet de cette première question.


Mme Girard
Pour Mme Girard il n’y a aucun doute. Elle décrit, en ces termes, son analyse des trois textes:


À la demande de Christian Tremblay et après vérification des trois notes qu’il m’a partagées, pour une recherche, je confirme que les trois manuscrits sont différents. Ceci n’enlève, en aucune façon, l’importance de cet événement, ni la surprise de retrouver plusieurs messages sur une certaine période.


Mme Guillemette
Dans son rapport détaillé, Mme Guillemette a analysé la concordance et discordance des indices graphiques, entre les trois documents. Ainsi, chaque petit détail est consigné et comparé.


La conclusion de Mme Guillemette va dans le même sens que celle de Mme Girard: Le mot retrouvé à la rivière Péribonka a été rédigé par une troisième personne. Donc, un canular.


Comme démontré dans mon étude, certains indices graphiques sont semblables entre les documents 1-2 et le document 3, mais des éléments importants dans les indices graphiques viennent démontrer, sous toute réserve, que le graphisme du document 3 ne correspond pas au graphisme des deux autres scripteurs des documents 1 et 2.


Analyse des signatures
Il semble y avoir eu une reprise à partir de « sser Coli » – Avec un trait plus faible en dessous de « sser » – Plus de largeur dans le trait, plus foncé et appuyé – Le « g » a une pression descendante dans le jambage – Le « o » de Coli a une plus grosse boucle à gauche, en comparaison avec les autres « o » du texte, qui ont une plus grosse boucle à droite, ou au sommet Doc 5: – Soulignement – Le « r » a une finale différente – Le « g » a une pression ascendante et large dans le jambage.


Je ne vais pas, ici, inclure toute l’analyse car elle détaille pratiquement chaque lettre, mais voici quelques exemples de ce que nous retrouvons dans son expertise.


Le style d’écriture du message de Péribonka s’apparente plus au modèle scolaire québécois, alors que les deux autres sont du modèle scolaire français de France.


Les lettres M et N.
Document de Péribonka: Attaque de droite à gauche avec une grande boucle ou arcade. Les deux autres: Attaque avec un œillet ou petite boucle ou crochet à la ligne de base.


Et il en va ainsi pour chacun des petits détails des divers documents. Mme Guillemette tient toutefois à préciser que cette analyse est sous réserve du peu de matériel disponible.


Profil psychologique
Il est important de mentionner ici que de s’aventurer à faire le profil psychologique d’une personne, à partir d’un texte si court, est une tâche difficile. Il importe de tenir compte de ce fait dans l’analyse réalisée à ce niveau par Mme Guillemette.


Maintenant que la thèse du canular semble être la plus probante, selon notre expertise, nous avons voulu pousser un peu plus loin et en savoir plus sur son auteur.


Mme Guillemette s’est prêtée à l’exercice, grâce à son expérience en la matière. La graphologie est une science et elle est utilisée depuis longtemps en justice.


Voici donc le portrait-robot psychologique de la personne qui a élaboré ce canular qui, plus de quatre-vingt-dix ans plus tard, fait encore jaser.


– Cette personne était dotée d’un mode de pensée varié; elle était curieuse et aimait explorer. Elle avait besoin de prendre son temps pour bien étudier les situations avec son sens critique et analytique. Elle avait une bonne clarté d’esprit et avait de la suite dans les idées;
– Personne active, pleine de vie, attentive aux autres, sociable et agréable. Elle avait besoin de la considération des autres;
– Personne diplomate avec une facilité à s’adapter et aussi une capacité d’écoute;
– Personne persévérante, résistante et tenace;
– Personne ayant besoin de contacts sociaux, mais pouvant être prudente et réservée sur son monde secret! Elle protégeait son indépendance de pensée et d’action. Elle pouvait avoir une sensibilité à réagir aux critiques qui concernaient sa vie privée.


Nous ne saurons sans doute jamais qui est cette personne, mais si, effectivement, elle avait besoin de considération, mission accomplie pour elle, même après tout ce temps!


En résumé, le message de la bouteille de Péribonka est bel et bien un grand canular, tout comme celui de Gaspé, ou un autre message retrouvé en Angleterre, voulant faire croire que les aviateurs n’avaient pas traversés l’océan Atlantique.


À l’ère de la fausse nouvelle
Cette conclusion pourra être décevante pour certains. N’en demeure qu’à l’ère de la fausse nouvelle (fake news), que nous traversons présentement, à cause de la rapidité à laquelle l’information circule et du peu de sérieux que nous mettons à vérifier la provenance, force est d’admettre que nous n’avons rien inventé.


Les moyens sont différents, mais le but était le même.


Un autre cas célèbre dans la région
Indication supplémentaire que ce moyen de diffusion de fausses nouvelles était utilisé plus que nous le croyons? Ici-même dans la région il y eu un autre cas célèbre.


Le 9 août 1929, le pilote William H. Cannon et le mécanicien Léonce Lizotte quittent Saint-Félicien, à bord de l’avion Curtiss-Reid, à destination de Chibougamau.


Le voyage est assez simple, Il s’agit de transporter du matériel pour les mineurs. L’avion disparaît, sans laisser de traces. Là encore, une grande recherche est lancée pour les retrouver.


Plus de dix mois plus tard, un message dans une bouteille est retrouvé dans la rivière Saguenay. Il date d’octobre 1929, est écrit à l’entre rouge et mentionne ceci :


« Ne pouvons nous retrouver. Brouillard. Sommes prêt du courant. Compagnon mort. Attendons du secours. Si pas reçu d’ici 24 heures, sommes perdus. Dans le ciel ».


Puis, le nom Lizotte.


Le père de M. Lizotte lut le message, mais ne reconnut pas l’écriture de son fils. S’accrochant à l’espoir, il émit l’hypothèse que le message avait été écrit par le pilote Cannon, mais signé par son fils, étant plus connu dans la région.

Un cas célèbre de canular suite à une autre disparition d’un avion dans la région
SOURCE: Journal Le Devoir, édition du 20 août 1930

En voulez-vous d’autres? Tous aussi faux les uns que les autres…


En conclusion
Nous pouvons donc fermer définitivement cette histoire de message dans une bouteille à Péribonka, en 1932.


Pourquoi était-ce important d’avoir une réponse formelle?
En histoire, un vieux document, même sous forme de canular, demeure un document historique.


Outre la conclusion finale, l’exercice a permis de mettre en lumière une partie des moyens de communications, qu’utilisaient nos ancêtres, pour attirer l’attention sur un événement, ou donner une fausse piste par simple malveillance.

L’Oiseau Blanc, possiblement disparu en mer en mai 1927
SOURCE: Wikipédia

Puisque l’Oiseau Blanc et ses pilotes n’ont jamais été retrouvés, le processus d’élimination des pistes possibles est aussi important que la piste la plus consensuelle.


Cela permet aux experts internationaux, tel Bernard Decré, d’éliminer un « peut-être que », et de continuer leurs recherches vers d’autres avenues.

Bernard Decré, expert international Français de la disparition. Il est toujours à la recherche de l’épave
SOURCE: Carnetsdembarquements.fr

Si, effectivement, selon le trappeur Georges Rousseau, il y eu un avion qui s’écrasa le 8 mai 1927, en forêt dans la région de Péribonka, ce n’est pas celui de Charles Nungesser et François Coli.


Mais ça, c’est un autre mystère de notre région!

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