Du sentier des Jésuites à la première voiture : Le défi de la liaison Lac-St-Jean/Québec

Il est assez aisé, pour nous, de se rendre dans la région de Québec aujourd’hui. Selon l’endroit où l’on se trouve, plus ou moins trois heures suffisent amplement. Mais qu’en était-il, y a cent ans, à l’époque de la colonisation, ou même bien avant?

L’histoire de la communication entre notre région et le fleuve Saint-Laurent ne date pas d’hier.

En fait, si l’on voulait remonter au tout début, nous devrions reculer de plusieurs milliers d’années. Avant l’arrivée des premiers blancs, le Piékouagami servait déjà de point de relais, entre ce que nous appelons aujourd’hui la Baie d’Hudson et le fleuve Saint-Laurent.

Nous pourrions même dire que notre mer intérieure était un lieu phare pour les rencontres entre les différentes nations amérindiennes.

Le Jésuite Albanel, l’un des premiers blancs à avoir foulé le sol Jeannois, en septembre 1672, affirme y avoir rencontré plus de vingt-cinq nations en un même lieu, soit l’embouchure de la rivière Métabetchouane.

Pas surprenant donc, que Français et Anglais eurent choisi cet endroit pour le poste de traite, sous les Français et le poste du Roy, sous les Anglais.


Le sentier des Jésuites

Nommé ainsi à cause des missionnaires qui l’utilisaient, ce sentier n’a en fait de Jésuite que le nom.

Longtemps oublié et même devenu mythique, les divers travaux de recherches des dernières décennies ont permis de redécouvrir, et mieux comprendre les voix de communications utilisées avant la colonisation.
Lorsque nous imaginons les premiers colons faire un long voyage en forêt, nous avons tendance à les voir, hache à la main, se défricher un passage à travers une forêt dense. Il n’en était rien. Du moins pour les trajets reliant les principaux points.

Ce sentier des Jésuites était, en fait, un réseau de pistes sillonnant tout le sud de la région, jusqu’à Québec d’une part et Tadoussac d’autre part.
Nous pourrions facilement le comparer aux différents réseaux autoroutiers d’aujourd’hui, avec une piste principale, des pistes secondaires et plusieurs petits chemins.

Le sentier des Jésuites. Un réseau de pistes, utilisées pendant des milliers d’années, entre les différentes nations amérindiennes, puis les premiers explorateurs. Source: Livre Le sentier des Jésuites, 2010. Courtoisie Louis Lefebvre, auteur du document.

Cette carte, élaborée par M. Louis Lefebvre, un passionné de la question, montre bien ce réseau de pistes utilisés par les amérindiens, puis les missionnaires, coureurs des bois, jusqu’aux premiers colons.

Lors d’une conversation téléphonique fascinante, que j’ai eue avec M. Lefebvre, il me mentionnait l’avoir parcourue à plusieurs reprises.

Combien de temps pour faire le trajet Lac-St-Jean/Québec, en passant par le maître sentier? Plus de deux semaines, à un rythme de plus ou moins quinze kilomètres, par jour.


La fameuse question des vaches

Toujours lors de cette conversation, je n’ai pu m’empêcher d’aborder avec lui toute la question relative au transport des marchandises, par ce réseau de pistes.

En effet, dès les années 1700, on retrouve dans les descriptions des missionnaires jésuites et autres explorateurs, la présence de bestiaux dans notre région.

Comment des vaches, ou autres animaux de ferme, ont pu faire ce trajet à cette époque? Selon M. Lefebvre, sans être facile, ce n’était pas aussi difficile que nous pourrions l’imaginer.

Le maître sentier des Jésuites permettait un tel transport. C’est même grâce aux vaches qu’il a pu retrouver certains tronçons de ce sentier.

Devant un obstacle qu’une vache n’aurait de toute évidence pas pu traverser, il devait se poser la question, Ils l’ont fait passer où, cette vache?
En cherchant, il retrouvait invariablement un passage pour la vache et un bout de sentier.


La période précoloniale

La période précoloniale, du point de vue du transport, entre notre région le reste du territoire, profitait donc d’un réseau de petites routes bien balisées et facilement utilisables pour tous.

Abandonnés progressivement, avec l’arrivée de la modernité, il aura fallu redécouvrir ces sentiers, kilomètre par kilomètre, bien des décennies plus tard.

Le sentier des Jésuites servira d’ailleurs de base pour plusieurs tronçons de chemin de fer et de routes subséquentes.


La période des chevaux

La colonisation du milieu des années 1800, change évidemment tout. Passer quelques vaches, c’est une chose, mais faire traverser des milliers de personnes, avec biens et matériaux, autrement que par bateau, c’est autre chose!

Le premier chemin était parsemé de petites cabanes, où les gens pouvaient se reposer, ou dormir. Source: Société d’histoire du Saguenay, P2-S7-P02151-01

Très vite, les premiers colons réclament un chemin entre la région et Québec. Le premier chemin de terre, reliant le Lac-St-Jean à la Vieille-Capitale, remonte à aussi loin que la fin des années 1870.

Là encore, tout débute à Métabetchouan. Long de 225 kilomètres, ce chemin est praticable seulement en hiver, à ses débuts.

Tout au long de ce chemin, des abris, à distance régulière, permettaient aux voyageurs de se reposer, ou de dormir.

Dangereux et peu carrossable, ce chemin sera l’unique voie de communication terrestre, entre la région et Québec, jusqu’à l’arrivée du train à la fin des années 1880.

Équipage Berlot enneigé dans la route des capes, en 1880. Monde Illustré no, du 16 juin 1894. Source: Société d’histoire du Saguenay, P2-S7-P07010-3

Lentement mais surement, on améliore, petits bouts par petits bouts, ce chemin de terre.

L’arrivée, à la fin de la première décennie de 1900, des premières voitures au Lac-Saint-Jean, crée un nouveau besoin: une route carrossable pour cette nouvelle invention, qui gagne en popularité.

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Vers la modernité

Ce n’est toutefois que bien des années plus tard qu’une première voiture pourra enfin faire le trajet.

En 1927, un événement fait grand bruit dans la région. Une expédition est organisée. Plus de trente hommes et sept automobiles y participent.

Expédition route St-Jérôme Québec, 19 juin 1928. Premier voyage automobile. De gauche à droite: J.H. Tremblay, Louis Tremblay, René Harvey, Antoine Gauthier, Joseph Dufour,hôtelier, Léon Laliberté. Source: Société historique du Saguenay-FPH65,P01243-01

Le départ a lieu à Hébertville, le 5 septembre. La délégation arrive enfin à Québec, dans la nuit du lendemain. Une aventure de plus de vingt-cinq heures!

La Société d’histoire Domaine du Roy signalait, il y a quelques temps, la mention d’une autre expédition dans l’édition du journal Le Colon, du 17 septembre 1925. Celle-là de Métabetchouan à Québec.

On mentionne dans le texte du journal que le trajet se fit en quatre jours. Les quatre citoyens y prenant part avaient dû abandonner leur voiture et faire une partie à pieds.

Indication, qu’encore en 1925, le trajet était impossible à faire pour une voiture.

Le premier chemin carrossable, dans les années 1930. Source: Société d’histoire du Lac-St-Jean

Chercher à savoir qui, le premier, a traversé le parc des Laurentides est un exercice périlleux. C’est beaucoup une question de point de vue…

Est-ce que ceux qui ont construits la route, ça compte? Est-ce à partir de la date officielle d’ouverture? Faut-il l’avoir fait seul ou en groupe?

Comme vous voyez, chacun peut avoir sa propre réponse qui ne sera pas totalement fausse, ni totalement vraie. Nous pouvons bien en débattre, ça restera toujours une vue de l’esprit.

Pour cette raison il est préférable d’identifier la période 1925-1930 comme étant l’époque de cette conquête du parc, par les automobiles, qui s’est faite graduellement, par petits bouts et tronçons.


Une vraie route

Les investissements sérieux, pour doter la région d’une vraie route facilement utilisable, débutent dans les années 1930. Là encore, tout ne se fait pas d’un seul coup.

Comme aujourd’hui, pour beaucoup de projets, la réalisation de cette route se compte en nombre de promesses électorales. Mais une élection à la fois et des milliers d’heures de travaux plus tard, on inaugure enfin le lien routier en 1951!

Suivant généralement les lignes électriques, on nommait ce chemin La route des poteaux. Source: Société d’histoire du Saguenay, P2-S7-P09784-1

Les barrières mythiques

Les plus âgés se souviennent évidemment de ces fameuses barrières à Hébertville et Stoneham, où deux gardiens de la faune prenaient des renseignements sur nous, la voiture, l’heure de passage et le nombre de passagers.

Cette impression de devoir passer à une douane pour quitter notre propre région était désagréable, mais nécessaire.

Il faut savoir que cette région a été instituée en Parc national, aussi tôt qu’en 1895.

Déjà, à cette époque, la nécessité de préserver ce qui restait de la faune, à la suite de la surexploitation des deux siècles précédents, était criante. Nous roulions donc dans un territoire protégé très sévèrement.

Les barrières du parc. Des souvenirs pour plusieurs. Source: Société d’histoire du Lac-St-Jean

L’objectif de ces barrières n’était pas tant d’espionner les gens, que de s’assurer qu’il y avait le même nombre de personnes dans l’automobile, entre les deux points de contrôles.

Ceci pour éviter de perdre des gens, dans le parc, qui auraient été pratiquer le braconnage.

Ces barrières seront demeurées en fonction jusqu’à la fin des années 1970.


Un bilan routier catastrophique

Impossible de ne pas en parler. Le lien Lac-St-Jean/Québec a été, jusqu’à tout récemment, l’une des routes les plus dangereuse du Québec, statistiques à l’appui.

Après plusieurs dizaines de décès, des centaines d’accidents et un autre parcours au fil des élections, nous pouvons affirmer, aujourd’hui, que l’autoroute actuelle est l’une des plus belles qui soit, tant par ses magnifiques paysages, que son confort de conduite.

Pour la première fois, depuis les vingt-cinq années précédentes, il n’y eu aucun décès mortel en 2014, alors que la moyenne était de huit, dans les années 1980.

L’un des nombreux travaux, au fil de l’histoire, de cette route. Source: Société d’histoire du Saguenay, P2-S7-P09424-3

Du sentier des Jésuites à l’autoroute

Trois-cent ans séparent l’utilisation des sentiers amérindiens par les Jésuites et l’autoroute actuelle. L’histoire de la communication terrestre, entre notre région et le reste du monde, tire sa motivation profonde dans le désir de ne pas être isolé.

Il fallait souvent faire preuve de patience, lors des travaux, tempêtes et accidents. Source: Société d’histoire du Saguenay, P2-S7-P01896-01

Maintenant que cette facilité de transport est acquise, ne reste qu’à trouver les solutions durables pour inverser le flux des camions de déménagements, qui utilisent, sans le savoir, le chemin inverse des Jésuites et des premiers colons qui eux, croyaient en ce coin de pays!

Christian tremblay

Vous aimez les romans historiques?

Salut à toi,

J’aimerais te poser une question. Pourquoi, lorsqu’on veut lire un roman historique dont l’action se passe en région, il faut toujours que ce soit nostalgique??

Tu ne trouves pas qu’il y aurait moyen de lire autre chose que des histoires larmoyantes qui nous ramènent à nos parents qui recevaient une pomme à Noël? On a l’impression que c’est juste à ça que nous avons droit dès que le mot « historique » apparaît sur le livre.

C’est tellement vrai qu’il y a quelques jours, une personne a commenté une publicité de mon roman: « Bon! Encore des charrettes à poches! »

Dans ses mots, il constatait la même chose que nous: en région, on dirait qu’on est incapable d’explorer de nouveaux territoires quand il s’agit du passé. Montréal, lui, peut le faire. Mais pas nous? Voyons! Ça n’a aucun sens, ça.

Sur le fond, elle a raison : comme ça a toujours été ainsi, pourquoi il en serait autrement avec mon roman? À sa place, j’aurais eu la même réaction, et sans doute que toi aussi.

 

Sauf que cette personne, concernant mon roman, se trompe complètement.

 

Voici pourquoi.

Quand j’ai commencé à écrire cette saga de trois tomes, je me suis dit que j’allais tout faire pour éviter ce que je t’ai décrit plus haut. De grandes déclarations poétiques sur l’immensité de nos forêts et la misère noire de nos ancêtres, on en a eu, et en masse.

S’il y a une chose que je peux te garantir concernant mon histoire, c’est que je laisse la poésie… aux poètes.

Ça va être remplacé par quoi? De l’action, du fantastique, des méchants qui sont méchants et une trame que tu ne verras jamais venir.

Où tout cela va se passer en grande partie? « Drette icitte », comme on dit au Lac. Non, il n’y a pas juste Montréal qui est capable de sortir des sentiers battus (et rebattus).

Tu as envie de vivre cette expérience différente de toutes les autres? Voici ce que je te propose.

Tu vas remplir le petit formulaire, et je vais t’envoyer le premier chapitre de mon roman. Ça ne t’engage à RIEN, sauf d’avoir l’occasion de voir si ça va te plaire.

Après ta lecture, ce sera à toi de décider si tu veux en lire plus.

Mais avant tout ça, seulement inscrire ton nom et ton adresse courriel, et va lire.

Ho! Oui… Évidemment, je n’envoie pas manuellement le chapitre à chaque personne qui en fait la demande. Je passerais mes journées à faire ça! Alors comme c’est un truc automatique, il se peut que ta boîte courriel n’aime pas et te mette ça dans ta boîte des indésirables. Si tu ne vois rien apparaître dans les secondes suivant ta demande, va voir là, il y sera.

Au plaisir de garder le contact,

Christian.

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